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PILATRE DE ROZIER, Jean-François (1754-1785)
Pilâtre de Rozier fut un personnage déterminant dans le progrès de la conquête du ciel
Jean-François Pilâtre de Rozier naquit à Metz le 30 Mars 1754. Après avoir été élève en médecine puis étudiant en pharmacie, il s'adonna à l'étude de la chimie et de la physique. Il se rendit à Paris à l'âge de dix-huit ans où il devint intendant des cabinets de physique, de chimie et d'histoire naturelle de Monsieur, frère du Roi.
En 1783, Etienne de Montgolfier arriva à Paris après avoir réalisé ses premières expériences sur les ballons à Annonay. Le jeune physicien lui offrit ses services.Il assista le 19 septembre au premier vol habité avec des animaux, un coq, un canard et un mouton. Il contribua à la confection d'un nouveau ballon qui fut construit rue de Montreuil avec le concours de la manufacture Réveillon d'où il s'éleva et qui s'assura une énorme publicité en fournissant un papier collé sur une trame de toile pour en constituer l'enveloppe...
Le mercredi 15 octobre 1783, dans les jardins de la rue de Montreuil, Pilâtre de Rozier opéra le gonflement de la montgolfière et monta dans la galerie circulaire attachée au ballon, il se fit élever à l'état captif jusqu'à l'extrémité des cordes qui avaient environ 25 mètres de longueur. Le vendredi 17 on répéta les mêmes expériences. Le ballon s'éleva cette fois jusqu'à une hauteur de 108 mètres.
Le marquis d'Arlandes, qui avait à la cour une situation importante, fut enthousiasmé par ces expériences. Il proposa à Etienne de Montgolfier d'organiser une ascension libre dans son aérostat en partant des jardins du château de la Muette avec la participation de Pilâtre de Rozier. Le 21 novembre 1783, après un premier déchirement du ballon et une réparation de fortune, ils s'élevèrent dans les airs depuis le jardin de la Muette. Ils passèrent audessus de l'île des Cygnes pour ensuite être emportés vers les Invalides. Un courant aérien les détourna vers les jardins du Luxembourg puis vers la butte aux Cailles (actuellement dans le XIIIe arrondissement) où ils atterrirent.
Le 19 janvier 1784, il s'élève à nouveau, à Lyon à bord du Flesselles, une immense montgolfière de 23 270 m³ (celle du premier vol faisait 2 200 m³). Il emmène six passagers, dont Joseph Montgolfier. Le vol est très court.
Pilâtre participa à une fête « aéronautique » avec comme passager et aide le chimiste Louis Joseph Proust. Le ballon étant conçu pour les hautes altitudes, des expériences étaient prévues. Un essai captif fut réalisé où le ballon resta cinq heures en l'air. Le 23 juin 1784, le ballon baptisé La Marie-Antoinette (du nom de la reine de l'époque), s'élèva à nouveau devant le roi de France et celui de Suède, à Versailles, emmenant Pilâtre et Louis Joseph Proust. Ils montent régulièrement, se dirigeant vers le nord. Ils vont atteindre l'altitude estimée de 3 000 mètres après avoir traversé les couches nuageuses. Hors de la vue du sol, dans le froid et les turbulences ils décident de redescendre. Après 45 minutes de vol, ils ont parcouru 52 km et se posent après avoir dépassé Luzarches, entre Coye et Orry-la-Ville avant la forêt de Chantilly.
En 1785, Pilâtre de Rozier voulut tenter la traversée de la Manche dans le sens France-Angleterre, moins aisé car contre les vents-dominants. Comme la traversée avec une montgolfière était impossible du fait de l'autonomie réduite de ces dernières, la masse de paille à emmener eut été énorme, il fut décidé de construire un ballon mixte, à air chaud et à gaz, assez en avance pour son temps, qu'ils appelèrent aéromontgolfière.
Le 15 juin 1785 vers les 7 heures du matin, profitant d'un vent qui paraissait favorable, il s'embarqua sur la montgolfière accompagné d'un jeune physicien nommé Romain. Quelques minutes après, ils se retrouvèrent sur la mer mais un violent vent d'Ouest les ramena vers la côte. Des mouvements d'alarme apparurent sur la nacelle et une flamme violette brûla la montgolfière. Ils furent précipités sur la terre et tombèrent en face de la Tour de Croy non loin de Boulogne. On les retrouva morts, le corps fracassé dans leur nacelle. On ignore encore quelle fut la véritable cause du sinistre mais on peut penser que Pilâtre de Rozier, que des contre-courants avaient rejeté sur le rivage, a tiré la soupape de son aérostat endommagé par de nombreux essais et que l'étoffe de la montgolfière s'est déchirée provoquant la chute fatale.
Pilâtre de Rozier est mort à Wimille (actuellement Wimereux près de Boulogne-sur-Mer) le 15 juin 1785 dans le premier accident aérien de l'histoire
Récit de la mort de l’aéronaute Pilâtre de Rozier
Source : Almanach du Pas-de-Calais de 1862 (consultable aux Archives départementales du Pas-de-Calais à Dainville) et Almanach d’Artois de 1785
« C’est entre Boulogne et Ambleteuse, sur une petite saillie formée par les falaises, à l’endroit où la rivière de Wimereux se jette dans la mer, que tombèrent et s’écrasèrent les infortunés Pilâtre de Rozier et Romain. Pilâtre de Rozier voulant aller de France en Angleterre et faire ainsi l’inverse de ce qu’avait fait Blanchard (C’est dans la forêt de Guînes que l’aéronaute Blanchard et le docteur anglais Gefferies sont descendus, le 7 janvier 1785, après avoir traversé le détroit du Pas de Calais. Une petite colonne, construite par les soins des habitants, à l’endroit même où l’aérostat a pris terre, atteste l’heureux succès de l’entreprise de Blanchard, qui, le premier, a osé traverser les mers dans une frêle nacelle suspendue au milieu des airs.), vint établir à Boulogne son point de départ.
Après avoir hésité longtemps sur le choix d’un local, il fixa enfin son ballon et ses appareils à la porte des Dunes qui sépare la haute ville de la basse ; son atelier était adossé au rempart près de la tourelle gauche, en sortant par la porte située vers la mer.
On sait qu’à une certaine hauteur de l’atmosphère les courants d’air varient ; Pilâtre s’était dit : Si je peux manoeuvrer mon ballon à volonté, seulement dans la ligne verticale, je serai libre de prendre tel ou tel air de vent ; par conséquent de naviguer vers tel point de la boussole, que je voudrai. D’après ce raisonnement spécieux, il avait adapté au pôle inférieur de son ballon une montgolfière qu’il enflait pour s’élever et qu’il resserrait pour s’abaisser, au moyen d’un réchaud dans lequel il allumait du menu bois. Ce réchaud suspendu à une poulie, s’abaissait quand on voulait resserrer la montgolfière et en descendre.
Pilâtre, depuis plusieurs mois, prolongeait son opération, retardait son départ et semblait ne vouloir jamais, faute de gaz, remplir son aérostat.
Le 15 juin 1785 au matin, après avoir annoncé son ascension pour la cinquième ou la sixième fois, son ballon étant gréé, le peuple rassemblé et le vent essayé par des ballons perdus, cet infortuné physicien, comme par un pressentiment de la funeste issue de son entreprise, hésitait et semblait prêt à différer encore son expérience. Quelques railleries qui frappèrent son oreille, à travers des murmures confus, le déterminèrent enfin. Son compagnon de voyage et lui entrèrent donc dans la galerie de leur ballon, où, élevés à une certaine hauteur, les spectateurs les remarquèrent nonchalamment assis. Le ballon flottait sans majesté à quelques mètres au dessus du faîte d’un bâtiment neuf qui se trouvait près de l’Esplanade. Pilâtre, pour s’élever, ranima le foyer de la montgolfière, et dépassa le bâtiment. À la hauteur d’environ 2000 mètres le vent le portait à l’est et trop dans les terres ; le ballon ne fut qu’un instant au dessus du détroit. Mort de Pilâtre de Rozier et de Pierre Romain le 15 juin 1785. Carte postale commémorative de la mort de Pilâtre de Rozier.
Les aéronautes ne pouvant saisir la direction de l’Angleterre, ni varier librement leur position verticale pour choisir le rhumb convenable, ni s’aider assez de leur montgolfière pour changer la pesanteur spécifique de la machine résolurent de descendre sur le point qu’ils dominaient. Le foyer fut abaissé de douze mètres environ ; la montgolfière, distendue et flasque, semblait leur permettre une facile descente ; mais la surface du ballon moins comprimée, conservant presque toute son extension, les voyageurs remontaient contre leur gré. La soupape du pôle supérieur fut ouverte pour laisser échapper le gaz ; cette soupape dont le mécanisme était totalement en fer ou en acier, altérée par la longue stagnation du ballon sur le chantier, ne put manœuvrer librement. Quelqu’effort que fissent les voyageurs, elle resta tout-à-fait ouverte par un accident quelconque. Dans cette situation, le ballon perdait tout son gaz, une colonne obscure traçait sa ligne de descente, et cette descente devint si rapide, que le foyer suspendu sous la montgolfière et presqu’éteint se ranima ; des étincelles s’en détachèrent, et nageant dans l’air qui remplissait le ballon à mesure qu’il s’abaissait, quelques unes se réunirent nécessairement sur cette colonne de gaz que vomissait le pôle supérieur. Bientôt il s’enflamma ; en moins d’une seconde le ballon fut en pièces ; les aéronautes étant abandonnés toute leur pesanteur, l’accélération de leur chute n’eut plus de bornes que celle de la loi sur la descente des corps graves. Les malheureux, Pilâtre et Romain, tombant de 1500 mètres de hauteur, vinrent s’écraser sur la pointe du Wimereux. Quelque rapide que fût l’instant qui sépara leur mort de l’inflammation du ballon, il suffit cependant pour frapper d’horreur la multitude qui avait suivi ces victimes. La consternation fut générale ; on accourut surle- champ à leur secours, mais tout était fini pour eux.
Pilâtre avait été suffoqué dans sa chute ; il était mort avant le choc contre terre, sa physionomie paisible le disait ; mais Romain n’avait été tué qu’à terre ; son pouls battait encore et sa face était horriblement empreinte des douleurs de sa courte agonie.
Les deux cadavres étaient moulus dans leur parties solides : ils avaient atteint la terre presque droits et sous un angle léger ; le tibia et le péroné fracturés près de l’articulation du pied avait pénétré le sol ; le fémur était remonté au-dessus des hanches ; les côtes semblaient se recoucher les unes sur les autres ; les vertèbres lombaires étaient disjointes.
Nous ne prolongerons pas ici le détail affligeant et pénible d’un tableau d’autant plus déchirant pour le public, que ce même public avait en quelque sorte forcé la volonté de l’infortuné Pilâtre au moment même de son hésitation pour le départ.
La cause de cette chute n’a rien de commun avec un phénomène électrique, comme on s’était d’abord hâté de l’annoncer. C’est à l’alliance des deux moyens qu’avait voulu réunir Pilâtre pour diriger son ballon qu’il a dû le titre de victime du nouvel art qu’il cherchait à perfectionner. C’est ainsi que presque toujours les hommes, l’individu paie la gloire qu’acquiert l’espèce. Pilâtre et Romain ont été inhumés dans le cimetière de Wimille, à quelque distance du point de leur chute ; un monument élevé sur le mur qui borde la grand route de Boulogne à Calais indique le lieu de leur sépulture. Ce monument n’est ni soigné, ni d’un bon style ; mais il est vénérable en ce que les mains de l’amitié seule l’ont élevé. »